Forum sur l'art de Viggo Mortensen


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 L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 16:51

Originellement posté par LOUIS ASJ le 10/11/05 en réponse à WAENELIN


Euh... J'ai pas tout compris ! green grin (Notamment les 3 derniers paragraphes crazy )

Mais j'ai bien aimé le reste, surtout : "Le passé nous constitue et tout notre présent n'est qu'un passé assimilé "

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 16:52

Originellement posté par SYRA le 10/11/05 en réponse à WAENELIN


C'est étonnant Wae, parce que ma perception de ce poème est à l'opposé de la tienne.
Pour moi, la querelle citée est le reflet de ce que va être leur futur. Elle me semble être le début de mésententes plus graves à venir. C'était déjà illustré dans la première phrase où les nuages sont menaçants, l'orage va éclater mais il n'est pas encore là.
L'effet est renforcé par la dernière phrase qui sonne comme un avertissement. Le Je du poème prévient l'autre qu'il ne veut plus que leur vie commune serve de matériau de base pour sa création artistique.
Si pour moi, Viggo est le Tu du poème, c'est parce que je ne l'imagine pas en retrait vis à vis de son partenaire. Or, je sens nettement une prédominance de l'un par rapport à l'autre. L'un vit dans l'ombre de l'autre. La phrase "Le passé partagé devient une corde serrant nos cous" illustre le fait qu'il ne s'en satisfasse plus.

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 16:53

Originellement posté par WAENELIN le 10/11/05 en réponse à SYRA


Oui. C'est intéressant; déjà, sur Communion, on avait des interprétations un peu divergentes, mais là, elles sont carrément opposées... remarque, peut-être va-t-on découvrir comme sur Communion qu'elles sont finalement complémentaires, là aussi. C'est en ça que la confrontation des points de vue est super enrichissante bounce

La lecture que tu en fais est très cohérente... mais je n'arrive pas, pr ma part, à imaginer que Vig ne soit pas le narrateur. Question de feeling.

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 16:55

Originellement posté par SYRA le 10/11/05 en réponse à WAENELIN


Lire ton post m'a fait réaliser qu'au départ, j'avais totalement occulté la notion du "passé" pourtant très fort dans le poème.
Mais c'est vrai que tout est une question de feeling. Parce que je suis d'accord avec tout ce que tu dis (enfin ce que je comprends green grin ) mais je ne l'applique pas à ce poème-là. Cela me fait plutôt penser à Communion en effet.

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 16:56

Originellement posté par TINUVIEL le 11/11/05 en réponse à WAENELIN


ouch Je ne regrette pas d'avoir pris mon temps pour te lire.... mais contrairement à Louis, ce sont justement les 3 derniers paragraphes qui me touchent le plus.

Je me suis souvent rendue compte que lorsque je me servait de mes émotions nées de conflits ou de mésentente conjugale pour écrire, les mots devenaient parfois plus durs, plus amers que ne l'étaient finalement mes sentiments réels. Les émotions servent de tremplin mais ensuite les mots, leur musique, leur rythme prennent le dessus et ont comme "une volonté propre" d'exister. Celà peut faire souffrir l'autre, qui en lisant comprend d'où vient le "matériau" fondateur, mais qui découvre une force qu'il n'avait pas imaginé et qui se sent "exposé" voire trahi.

C'est pour cela que je suis tombé d'accord avec Syra pour inverser les personnages du "drame" présenté. Viggo écrit sur sa vie, ses relations à l'autre et il a certainement vécu cette situation où l'autre lui a reproché de se servir de leurs divergeances comme matière à composer...

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 16:57

Originellement posté par WAENELIN le 11/11/05 en réponse à TINUVIEL


Oui, je suis d'accord avec toi que c'est une interprétation parfaitement crédible, mais je ne la "sens" pas, y'a rien à faire. J'ai relu plusieurs fois le poème selon cette lecture : je le comprends de l'extérieur, froidement, mais je ne pourrais rien dire dessus qui aille en ce sens.

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:00

Originellement posté par DAUDIE le 11/11/05 en réponse à WAENELIN


MERCI MA WAE!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Ca clôt en beauté ma soirée jap jap jap jap jap jap jap


Ma Wae love2 et pour toute la team hello

Bonne nuit à tous

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:05

Originellement posté par DAUDIE le 12/11/05


Nombres de vos posts m'ont impressionné par leur profondeur.
Notamment le point de vue développé par Syra s'avère très intéressant bien que ma vision du poème se rapproche plus de celle de Wae.

C 'est donc en ce frileux samedi de novembre queje vous livre ici mes modestes réflexions sur "cursive" :


" La poésie lance des ponts d'un sens à l'autre, de l'objet à l'image, de l'image à l'idée, de l'idée au fait précis...Elle est la route de la liberté" René CREVEL


VM nous conduit ainsi au fil des vers qu'il nous soumet au travers des méandres de cette route dont parfois je ne sais réellement où elle nous conduit.
C'est donc avec un brin de perplexité que j'ai abordé ce poème : "quel est donc le sens porteur de ces phrases s'enchainant les unes aux autres" me suis-je d'abord interrogé? "Quelle est l'idée?"

J'ai alors axé ma réflexion sur plusieurs propositions reposant sur une constatation unanime pour nous tous :

L'écrit est encore une fois omniprésent; c'est notre fil rouge depuis le début du topic... VM nous invite donc encore à nous interroger sur ce "code languagier",ce mode de transmission des idées, des sentiments, des concepts qui semble lui être si cher.

Le titre à lui seul fixe la ligne conductrice de l'histoire qui va nous être narrée "cursive" : "écriture manuscrite d'un tracé plus simple et plus rapide que l'écriture en script ou en capitales".


L'écrit salvateur, capital, indispensable, mais révélant ici, pour moi, une facette beaucoup moins avantageuse que celle que VM nous avait jusqu'à présent dévoilée...

Persiste pour moi une gradation dans la manière dont ce mode d'expression est présenté : VM semble porter un regard de plus en plus sévère à son encontre.


1/ l'écrit exutoire?

"Inside you write in your diary" : intimité de l'écrit qui permet au second protagoniste de ce poème ( homme?femme?) de se vider des émotions récentes ..Seul(e).Nul n'est censé pouvoir lire, partager, contester ce qui est ainsi déposé sur le papier de manière frénétique ( je rejoins tt à fait Wae sur son analyse : "Notons ici le côté mesquin des "shorthands", l'imagerie négative véhiculée par ce mot renforcée par le rythme rapide, aux phrases courtes et simples comme celles d'une comptine : "Little pen, never stops. ")


2/ l'écrit implacable?

" Nothing omitted" : rien n'est effacé, rien n'est oublié...Rien n'est donc pardonné. Le narrateur se trouve démuni devant cet état de fait contre lequel il ne peut rien puisque l'autre ne veut plus dialoguer.
Il ne peut rien contre ces mots qui posés sur papier, fixent une réalité, qui ne saurait être favorable au narrateur.
Tous les heurts du matin sont consignés, avec minutie et souci du détail...Leur existence perdurera donc, se rappellera au souvenir de l'autre...


3/ l'écrit incontrolé?

"Everything rewritten" : tout peut donc être réécrit. L' écrit manipulé par autrui , non maitrisé se révèle traitre cad infidèle à la réalité ( du - celle du narrateur).
Je reprendrai ici le point très justement soulevé par Wae :

"Double trahison de l'écrit[...] fige et emprisonne sans pitié tous les moments d'une vie, [ et ]encore condamne ces moments à être réécrits, reformulés, repesés à l'aune déformante de la subjectivité de l'écrivant. "

4/l'écrit échappatoire?

"We don't fight; we don't lose" : le rejet de toute confrontation directe avec autrui semble bien utile au second protagoniste qui trouve ici un moyen d'échapper à la critique et à la remise en cause.
En effet, l'écrit dont il est l'auteur ne le renvoie qu'à sa propre réalité, bien comfortable et rassurante" dédouanante" si je puis dire...

5/ l'écrit impudique?

Car il révèle le narrateur dans toute sa " nudité affective" sans détour, sans retenue et surtout sans accord préalable.

Sous prétexte qu'il s'agit d'art, le protagoniste-écrivain met littéralement à disposition d'un autrui connu ou inconnu "l'intimité émotionnelle" du narrateur.
Impuissant celui-ci se rhabille, vaine et amère tentative pour regagner, un peu, de cette pudeur niée ( plutôt subtilisée?) par l'autre.


"La vie entière devient prétexte à poésie. On peut partir d'un fait quotidien : un mouchoir qui tombe peut être pour le poète le levier avec lequel il soulèvera tout l'univers"
Tristan Tzara

"Un acte, d'apparence insignifiant [peut donc offrir ] une révélation à quiconque sait se réduire à n'être que l'instrument d'une voix qui s'exprime à travers son être"
Yvonne duplessis in " le Surréalisme"

Cursive en est une belle illustration ne trouvez vous pas?

Wink

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:06

Originellement posté par WAENELIN le 12/11/05 en réponse à DAUDIE


eek Daudie tu fais pas du tout comme moi, t'as pas du tout la même approche et tu fais des commentaires excellents, on se complète super bien et je trouve ça GE-NIAL !!! bounce

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:09

Originellement posté par WAENELIN le 12/11/05 en réponse à DAUDIE



Quote :
l'écrit échappatoire?

"We don't fight; we don't lose" : le rejet de toute confrontation directe avec autrui semble bien utile au second protagoniste


tu peux préciser ça, je ne comprends pas trop ce que tu veux dire ?


A part ça plus j'y pense et à lecture de ce que tu as écrit, plus je trouve que ce poème est une réflexion masquée sur l'art (ou du moins un "tremplin" à réflexion) : son rôle, son but, sa genèse (tes citations)...

Mais bon j'hésite à partir dans un délire philosophique là green grin Rolling Eyes green grin

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:10

Originellement posté par DAUDIE le 13/11/05 en répnse à WAENELIN


En écrivant sur son journal le/ la protagoniste clot toute velléité de discussion ultérieure. Il s'isole et ne cherche dc + à argumenter, à "combattre avec l'autre".
Fuyant une éventuelle nouvelle joute oratoire, il/ elle échappe aussi à un éventuelle défaite : celle de se voir remis(e) en cause par l'autre, malmené, poussé ds des retranchements auxquels il/elle ne veut pas être confronté(e)

Voili voilà!

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:12

Originellement posté par WAENELIN le 12/11/05 en réponse à DAUDIE


Aaaaah ok... merci, ça me donne un autre angle de vue, qui pourrait bien être le bon. Smile

J'ai mis un moment à saisir parce que je ne l'avais pas DU TOUT vu comme ça...

J'y voyais une forme d'insistance sur la vanité et la stérilité des querelles de couple, quelque chose comme "à quoi ça sert de vouloir gagner (avoir raison...), on a tout à y perdre". C'est insensé de faire de la vie (et de la vie affective a fortiori) un espace de joute et d'affirmation de sa supériorité, que la joute fût oratoire ou autre.

Nietzsche m'entendrait dire ça, il gueulerait...! ouch lol mais d'ailleurs, ce n'est pas parce que je l'ai dit que c'est mon point de vue.

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:16

Originellement posté par DAUDIE le 12/11/05


Nouveau sujet de réflexion: Isolation - 1999, in Signlanguage p.74

Le nom complet de cette toile est Isolation and its effects on colour perception with the passing of time.

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:19

Originellement posté par DAUDIE le 13/11/05


Malheureusement mon post initial a disparu dans les méandres de mon ordi…J’ai donc tenté de le reconstituer au maximim !Je ne suis pas trop satisfaite du rendu! Mais tant pis , c'est la vie!!


ISOLATION


Comme il a déjà été dit VM exalte la couleur sans chercher à saisir une quelconque représentation du sensible.

Pourtant , ici, la toile n’est pas qu’une surface colorée, le geste prédéfini met en exergue 2 formes distinctes :un corps humain au premier plan et un visage se dessinant à l’arrière.

J'ai choisi deux axes d'analyse :


1/La réintroduction du visible

VM consent à redonner au spectateur un contenu concrèt faisant écho à une réalité saisissable par nous tous en incorporant les deux sujets précités.

a - Le personnage- premier plan

Le trait sévèrement dépouillé laisse apparaître un sujet replié sur lui même, semblant courber l’échine sous un indicible poids.

VM en dessine les contours d’un trait saccadé qui loin de sublimer la beauté, l’harmonie des courbes du corps humain , en souligne + tot l’apreté, la dureté... J’irai jusqu’à dire la laideur.
Ainsi il rajoute au caractère destabilisant et dérangeant de l’atmosphère générale qui se dégage de la toile.
On ressent de manière accrue la dureté du moment vécu par ce premier personnage.

Reste la couleur, indispensable.
VM utilise un bleu intense pour mieux guider le regard du spectateur.
Par la même, il l’amène à aborder la lecture de son tableau ds un ordre précis, nécessaire, ss nul doute, à une claire compréhension de celui-ci.


b - Le visage-second plan

VM donne ici forme à un visage dont il masque les contours par des traits grossiers, un visage sans identité.

Ce second sujet émerge de manière un peu surréaliste de la toile.

Il apparait dans la partie supérieure de celle-ci, il domine donc le personnage premier-plan susvisé, sur lequel il semble avoir fixé son attention.
Sa présence participe surement de la pesanteur qui semble accabler ce dernier.
Celui ci courbant alors son corps peut-être pour échapper à ce regard scrutateur ou peut etre tout simplement dans une attitude de soumission à cet autre.


2/ La permanence de l’écrit

Encore et toujours l’écrit au risque d’être redondante !!!!!!!!

a - Sa position ds la toile

Le mot « isolation » prend place au centre de la peinture.
Il est le lien entre les 2 personnges cités plus haut.
L’ecrit prédomine puisqu’il constitue, au sens pratique, l’élément central de la peinture sur lequel notre regard ne peut manquer de se poser.
Pourtant dans cette toile, il n’est, à mon avis, qu’un des éléments de lecture du tableau, il rajoute du sens : il ne contient pas à lui seul le sens de cette toile mais il le précise.

La forme primerait donc cette fois-ci sur l’écrit.


b - Son apport à la toile

C' est un terme-outil qui peut aider le spectateur ds son appréhension de la toile.
Il ne fait qu’illuster un peu + un sentiment déjà latent : le personnage premier plan est isolé ds sa douleur , sa faiblesse et de fait livré sans possibilité de fuite au regard d’autrui.

Le fond de la toile est quand à lui extrèmement épuré.
2 couleurs- forces seulement, pour laisser place au jeu de positionnement des 2 sujets de la toile et laisser ainsi libre cours à son interprétation.

VM nous montre donc qu'il sait aussi se servir de techniques plus traditionnelles pour, encore une fois, nous emmener dans les rouages infinis de sa débordante imagination.

Décidément avec VM l’art est un jeu délectable non ?
Smile

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:32

Originellement posté par WAENELIN le 13/11/05


Bon ok, tu l'auras voulu Daudie... mais je pense que tu seras une des seul(e)s à lire ça lol lol green grin



Je voudrais creuser ici ce que j'ai ébauché à la fin de mon post sur Cursive: l'art comme aperception de l'essence des choses.


Paul Klee disait que la création est telle une respiration : de l'inspiration surgit l'oeuvre, inspirer l'air, inspirer le monde, recevoir un flot de sensations, être submergé par mon être au monde. Et dans un mouvement d'expiration, la toile apparaît, le peintre peint pour surgir du torrent.

Ce point de vue pose l'art, l'oeuvre d'art plus précisément en tant que chose, comme passerelle entre moi et le monde, entre mon être et l'être du monde et rejoint directement l'idée de Merleau-Ponty : « C'est en prêtant son corps au monde que le peintre change le monde en peinture ».




L'art comme retour à l'être-au-monde primitif

En effet nous existons, çàd que nous sommes d'abord au monde avant de nous voir comme tels, avant d'avoir sur nous-mêmes et sur le monde cette distance qui est aussi différenciation. L'enfant ne se pense pas comme Je avant un certain âge : l'être-au-monde est la première donnée, qui est seulement ensuite suivie du retour réflexif sur soi-même (prise de conscience de soi comme soi, ce qui implique écart d'avec soi) et de la prise de conscience du donné expérimental comme différent de soi. C'est le fameux « l'existence précède l'essence » de Sartre.


Pourtant cet être primitif, ce sentir immédiat du moi-monde, moi entrelacé et uni au monde, est toujours présent en nous, et c'est ce sur quoi insiste Merleau-Ponty. En tant que je suis au monde, je suis à l'être, entrelacé avec lui... Mais on l'oublie par cette mise à distance du monde par le sujet, par ce réflexe d'objectivation que nous avons – en tant qu'esprits pensants – envers tout ce qui se présente à nous, fût-ce nous mêmes : on mesure, on analyse, on critique.

« Les mots, [les couleurs, les formes] peuvent être opérants, peuvent s'entrelacer avec l'être et mon corps, et c'est la tâche de l'artiste que de plonger vers l'être, que d'inspirer l'être, et que de l'expirer en visible. ( ...)
Cézanne disait: "On doit pouvoir peindre l'odeur des arbres". L'art pioche dans l'expérience brute, la sensation brute, ouvre sur l'être. Le peintre plonge dans les flux, les mouvements originaires. La peinture n'est pas un décalque, une image vide. Elle n'est pas non plus l'être lui-même, un en soi massif et inexpressif. Elle est un entre-deux, une fenêtre vers l'être. »
(extraits d'une étude géniale sur Merleau-Ponty lisible ici http://philautarchie.net/viewtopic.php?t=613, mais je ne vous la conseille pas, elle est encore plus imbuvable que mon propre texte green grin )




L'oeuvre d'art comme passerelle entre deux sujets

L'art serait alors la passerelle par laquelle l'artiste, retrouvant cette conscience primaire de son être au monde, nous emmènerait avec lui dans sa vision : l'artiste-le monde-le spectateur, unis dans le choc de l'oeuvre d'art comme présence brute de l'être. Miracle par lequel un sujet pourrait faire partager sa vision unique du monde à tel instant, comme entrelacs inextricable de sensations, de sentiments et d'expériences qui le fondent comme identité unique, à un autre sujet.

On devine déjà ici le caractère exceptionnel de l'oeuvre d'art ainsi conçue puisque nous mêmes, en tant que sujets particuliers, ne pouvons jamais pénétrer la subjectivité d'autrui. Quand bien même cet autre serait mon ami, mon parent ou la personne dont je puisse concevoir le mieux la plus étroite connaissance, son moi me restera à jamais inaccessible, je ne pourrai jamais dépasser cette altérité irréductible et me projeter dans son être. Que l'oeuvre d'art puisse réussir pour quelques instants fragiles un tel miracle soulève immédiatement la question de la pudeur et du dévoilement et nous renvoie à la problématique évoquée par Cursive.





L'oeuvre d'art est surgissement de l'essence à la surface, ek-sistence pure

Dévoilement de l'être, aperception momentanée de l'essence des choses à travers un visible immédiatement perçu comme chose signifiante, l'oeuvre d'art picturale serait donc cet objet étrange où tout un monde tissé d'objectivité transparaîtrait à travers la surface ; surgissement du sens au cœur-même de l'apparence, « effet de surface » comme aurait dit Deleuze... L'oeuvre d'art est ainsi le surgissement de l'être dans le domaine du visible, fissure dans l'être du monde par laquelle se donne à voir l'essence des choses et qui confère à l'oeuvre d'art la présence extraordinaire qui est celle de l'ek-sistence au sens premier (se tenir hors de).

Mais les mots ne sont pas en reste. Il ont « une force propre, ils expriment beaucoup plus que le strict texte, ils nous invitent à ressentir bien plus » (ibid., lien cité). Et la poésie est évidemment la quintessence de l'art de manier les mots. Comment ne pas ressentir en effet que tout un monde s'exprime à travers certains vers, que la juxtaposition explosive de certains mots provoque en chaque sujet ce que des pages entières n'auraient pu exprimer ? Comment ne pas penser que le poète en écrivant devait avoir le sentiment de ne pas pouvoir dire les choses autrement, de ne pas pouvoir faire passer tout ce qu'il souhaitait faire passer autrement que par cette manière là de dire les choses ?

Citons ici VM, qui a bien vu cela... "For me, why I like poetry, or when I feel it works, is because you potentially can provoke a lot of thought with a very limited space and carefully chosen words. (...) I like to refine something until it's saying what needs to be said, as economically and as direct as possible."




L'art comme viol des choses......ou des âmes

Dans cette perspective, l'excuse de l'art brandie pour nier le manque de respect de l'intimité de l'autre prend des allures d'ironie quasi-méprisante.
Car si c'est librement que l'artiste donne à voir sa vision du monde et par là-même sa propre intériorité, le regard du spectateur sur la toile garde malgré tout quelque chose de celui d'un violeur, dans la mesure où il va pénétrer dans cette vision et y adjoindre la sienne, et ce faisant, la modifier.

Et l'artiste également, l'artiste surtout, par son acte de capture de l'essence des choses, viole le réel, ouvre une brèche dans celui-ci pour ensuite exposer son être propre au regard des autres.

Cet auto-portrait de Van Gogh :

nous dévoile en un seul instant énormément de choses, et heureusement que c'est le peintre lui-même qui l'a fait, car par ce portrait nous pénétrons dans l'âme du sujet peint...



Il apparaît donc qu'on peut considérer un tableau ou un poème comme touchant au plus intime des êtres et des choses. Il n'est pas sûr dans ces conditions que le poème soit préférable à l'exposé simple et transparent d'un journal intime.

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:34

Originellement posté par LOUIS ASJ le 13/11/05 en réponse à WAENELIN


Mais alors, est-ce que toute oeuvre est oeuvre d'art ? Et si non, pourquoi ?

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:35

Originellement posté par WAENELIN en réposne à LOUIS ASJ


Non, une oeuvre n'est oeuvre d'art que si elle remplit les critères sus-cités. Simple, non ? :O

Tu croyais m'avoir hein lol green grin

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:36

Originellement posté par LOUIS ASJ en réponse à WAENELIN


Ben non, mais ça m'intriguait, simplement.

Et n'y a-t-il pas des oeuvres qui doivent être à la limite de l'oeuvre d'art et de l'oeuvre du non-art ? Et qui est chargé de définir ça ?

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:37

Originellement posté par WAENELIN en réposne à LOUIS ASJ


Ben moi sol
lol

Non, sérieusment, tu as raison, mais là je vais repartir pour 2 pages alors... Rolling Eyes

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:39

Originellement posté par LOUIS ASJ en réponse à WAENELIN


Faut savoir si tu veux que je lise ou pas... Si je lis, logique que ça m'inspire (ah ! ah ! subtile allusion) des questions. green grin

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:41

Originellement posté par WAENELIN en réponse à LOUIS ASJ


Pas mal lol Wink

mais moi je veux bien répondre, ya pas de souci Smile mais ça se fera pas en 2 lignes quoi crazy Wink

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:42

Originellement posté par LOUIS ASJ en réponse à WAENELIN


ça, je m'en doute, à voir ce qui a précédé ! green grin

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:43

Originellement posté par DAUDIE en réponse à WAENELIN


Pour nous garantir une parfaite compréhension de ce post, enrichissant, percutant bref de grande qualité, j'aimerais Wae que tu redéfinisses clairement certains des termes que tu as employé :

- "chose signifiante"
- "donné expérimental"
- "aperception"


Voilà et d'avance merci...Et encore chapeau pour le travail accompli jap jap jap

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:46

Originellement posté par WAENELIN le 13/11/05 en réponse à DAUDIE


De nada, c'était un plaisir.

Alors

- chose signifiante = chose porteuse de sens, cherchez pas midi à 14heures
- donné expérimental = ce qui est donné dans l'expérience = le monde tel que nous le percevons
- aperception : du verbe apercevoir, perception fugitive et incertaine d'un donné quelconque (expérimental, intuitif ou intellectuel). Le terme a été repris par Kant en un sens différent, mais ce n'est pas celui que j'ai utilisé ici.

Smile

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PostSubject: Re: L'art en transversalité : de Viggo à d'autres artistes   Fri 2 Dec - 17:51

Originellement posté par WAENELIN le 15/11/05


Bon... green grin remière partie de ma réponse à la question extrêmement pertinente posée par Louis, qui a perdu une occasion de se taire ce jour là green grin lol lol lol green grin

Les autres, si vous lisez pas, c'est pas grave, et promis, après, je le ref'rai plus !!! crazy

Mais bon, dans un topic traitant d'un artiste contemporain non-figuratif, il est intéressant (très!) de se poser la question suivante :



TOUTE OEUVRE EST-ELLE OEUVRE D'ART ?




Par oeuvre, on entend d'ordinaire un objet produit, existant physiquement dans l'espace et dans le temps et qui a résulté d'un faire : ainsi parlera-t-on de l'oeuvre d'un charpentier pour désigner le toit d'une maison tout autant que de l'oeuvre d'un artiste à propos de telle toile ou sculpture. Mais l'on emploie aussi le mot œuvre au sens figuré d'effet ou de résultat : on pourra dire par exemple « c'est l'oeuvre de sa méchanceté ».

Pourtant, l'oeuvre renvoie à l'idée de travail préalable ; elle a été construite, élaborée dans un temps plus ou moins long. En ce sens elle se distingue donc à première vue de l'effet, qui peut être quasi-concomitant à la cause, comme par exemple lors d'un son produit. Mais à bien y réfléchir, le sens figuré vu plus haut peut inclure l'idée de temps, d'évolution voire de préméditation : « l'oeuvre de la méchanceté » d'une personne peut être d'en blesser moralement ou physiquement une autre, de la conduire au suicide, ou même de l'assassiner : on pourra dire alors qu'« il a fait oeuvre de vengeance »...

Cette première approche de la notion d'oeuvre semble exclure d'emblée d'y faire coïncider celle, beaucoup plus étroite, d'oeuvre d'art : avant même de s'interroger sur la notion d'art, il semble évident qu'une oeuvre d'art doive à tout le moins occuper une place hic et nunc, ne serait-ce que pour qu'on puisse la percevoir et éventuellement la juger comme telle. Pourtant, il n'est pas sûr que l'idée de perfection ou du moins d'achèvement présente dans celle d'oeuvre d'art implique celle de stabilité, d'immobilisme : ne dit-on pas d'un cheval au galop qu'il est un « chef d'oeuvre en mouvement »? De même, puisque certaines manières de faire ou de se mouvoir peuvent être qualifiées d'artistiques (cf la danse), ne peut-on concevoir une oeuvre d'art qui évolue dans le temps et dont la perfection consiste à se maintenir comme telle ?

Dans tous les cas, la notion d'oeuvre semble induire celles de temps, de travail et de conscience – quoique l'on verra que cette conscience n'est pas nécessairement celle d'un projet. Dans quelle mesure ces quelques caractéristiques recoupent-elles celles de l'oeuvre d'art ? A travers cette question, c'est la notion d'art elle-même qui est visée ; sa genèse, sa définition, ses limites.





Par opposition à l'effet (effectus) produit par la nature par exemple, l'oeuvre (opus) existe d'abord dans la conscience de celui qui va la mettre au jour, l'amener à l'existence ou l'effectualiser d'une manière ou d'une autre. Le faire, nous dit Kant, est différent de l'agir : si l'on peut dire des ruches des abeilles qu'elles sont un chef d'oeuvre de la nature, c'est par analogie avec l'art et l'artiste, ici, est le Créateur, la nature ou le hasard selon ses convictions, mais en aucun cas les abeilles, qui n'ont conscience ni de leur agir ni de la beauté ou de la perfection de l'effet produit.

Qu'elle soit artistique ou non, toute oeuvre a donc d'abord été visée de l'esprit, intentionnalité et concept : l'idée a précédé la réalisation. Ce qui permet également d'expliquer pourquoi on se fait de l'oeuvre l'idée d'une chose achevée, i.e. qui a terminé d'évoluer, qui ne sera plus modifiée ensuite sinon par des causes extérieures (dommages du temps par exemple), autrement dit, qui est conforme à l'idée initiale qu'en avait son instigateur : c'est le satisfecit du créateur qui fait d'un ouvrage une oeuvre.

Certes on dit aussi « se mettre à l'oeuvre » dans le sens de « se mettre au travail ». Mais l'on voit très vite que si l'on « se met à l'ouvrage » c'est bien pour produire une oeuvre ; c'est que cette activité n'a pas sa fin en soi, comme le jeu, mais vise à produire quelque effet ou chose.
Mais alors, qu'en est-il du travail de l'artiste ? Peut-on dire que l'artiste, avant de créer, détient une idée précise de ce qu'il projette de mettre en forme sur la toile, sur le papier ou dans l'argile ? Bien plus : l'artiste veut-il faire oeuvre, l'oeuvre d'art était-elle son objectif premier ou bien n'est-elle que le résultat de son acte créateur?

Si la réponse apparaît multiforme, c'est que le terme d'art lui-même recouvre différentes choses. On ne pourra donc définir l'oeuvre d'art sans tenter préalablement de circonscrire quelque peu la notion d'art.

L'art renvoie d'abord à un savoir-faire (« l'art et la manière ») qui sera alors davantage celui de l'artisan que de l'artiste. Il rejoint alors la « technè » grecque : habileté à exercer un métier, et inclut alors une connotation positive : dire « l'art de bien bâtir une maison », c'est être redondant. Au sens premier, le plus large, l'art désigne donc la capacité de produire un objet qui réponde à la finalité pour laquelle il est conçu : l'objet est alors utile, il est conforme à son usage.

Remarquons qu'à l'époque de la technè grecque, la notion d'art telle qu'on la connaît aujourd'hui n'existait pas. Platon nous décrivant l'extase du poète nous explique que l'artiste n'est qu'un réceptacle neutre, bouche par laquelle s'exprime la divinité et qui ne saurait en ce sens avoir un quelconque projet : l'artiste est totalement passif, l'acte créateur n'est que transmission, retranscription.

Ce n'est qu'au XVIIIème siècle qu'apparaît le terme de technique, et avec lui la notion d'art telle que nous la connaissons aujourd'hui et l'invention par Baumgarten du concept d'esthétique, étude de l'art et du beau sensible. (On retrouve ici la fréquente évolution littéraire des racines latines et scientifique des racines grecques). L'art en vient alors à désigner l'ensemble des pratiques visant à exprimer ou transmettre, au moyen d'un support, un idéal métaphysique ou esthétique, des idées ou encore des sensations, dont on pense (au moins l'auteur, sinon le « récepteur » : spectateur ou auditeur) qu'ils n'auraient pu être traduits autrement (cf Hegel « l'art exprime ce que le langage articulé ne parvient pas à traduire. »)

Si l'on s'en tenait à la première acception, alors toute oeuvre serait oeuvre d'art, i.e. objet créé répondant de manière parfaite à l'usage auquel il est voué. Mais ce serait oublier que « oeuvre d'art » n'est pas seulement « oeuvre de l'art » c'est-à-dire de la technique ; il y a, même dans le savoir-faire de l'artisan qui fabrique un objet de manière répétitive, quelque chose qui dépasse la technique pure : il a choisi de faire cet objet dans cette matière-là, avec cette technique-là, de lui donner cette forme-là. Même lorsque nous disons, à propos des célèbres « Panamas » que fabriquent les artisans du Pérou selon une technique séculaire, que « chacun » de ces chapeaux est une oeuvre d'art, ce n'est pas seulement en tant qu'il est le résultat d'une technique admirable qui a fait de ce chapeau une perfection (il protège bien du soleil, tient parfaitement à la tête sans blesser etc.) mais en tant que chaque pièce est unique et personnelle.

Autrement dit, il entre dans la notion d'oeuvre d'art une idée de singularité absolument irréductible : jamais on ne dira d'une cuiller ou d'une voiture sorties de l'usine à des milliers d'exemplaires identiques que ce sont des oeuvres d'art. L'oeuvre d'art, contrairement à l'oeuvre, est unique et irremplaçable.

Dès lors, peut-on dire que toute oeuvre unique et irremplaçable soit une oeuvre d'art ?
L'oeuvre d'art pourrait ainsi désigner toute production d'un objet achevé, résultat d'un projet initial et d'un travail dans le temps mais dont l'aspect final soit unique et irreproductible.

Mais cette définition révèle son insuffisance si l'on s'attache à étudier la signification profonde de l'art évoquée plus haut. Que vise l'art ? Quel est l'objet de l'artiste ? Et, partant, existe-t-il des critères qui permettraient de décider si une oeuvre est ou non oeuvre d'art ?
On le voit, le questionnement sur le jugement porté sur l'oeuvre sera inséparable d'une réflexion sur la genèse de celle-ci.

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