Forum sur l'art de Viggo Mortensen


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 Ruptures artistiques et Politique

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Daudie
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PostSubject: Ruptures artistiques et Politique   Sun 22 Jan - 22:40

Art et politique …Pertinence des liens pouvant parfois s’établir entre ces deux tribunes d’expression…Habileté de l’artiste à manipuler la « demos-kratein » la chose publique c’est à dire la démocratie ? Démarche démagogique, pamphlétaire ? Association réussie ou voie sans issue ?


EDIT de Waé

Question échec ou réussite... de l'art : L'art reste-t-il art à compter du moment où l'artiste y introduit des préoccupations autres qu'artistiques, qu'esthétiques ? La démarche volontaire d'un artiste tentant d'insérer dans ses oeuvres ou d'y faire passer un message particulier ne signe-t-elle pas la mort de l'art ?
Et pourtant, de manière inconsciente, quel artiste a pu se prévaloir, quels que soient ses efforts parfois désespérés en ce sens, de livrer une oeuvre totalement dépourvue d'aesthesis, càd de sensibilité ?

Question échec ou réussite... du but fixé : l'association fonctionne-t-elle ? Le Guernica de Picasso a-t-il gagné qui que ce soit à la cause espagnole ? Peut-on concevoir que l'art, puisque justement il s'adresse directement à notre sensibilité et peut-être à notre inconscient, puisse transmettre des idées mieux qu'un discours ?

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Loulou
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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Fri 27 Jan - 3:45

Avant de pouvoir répondre à cette question, il y a quelque chose qui me chiffonne, c'est que la chose publique et la démocratie, d'après la formulation employée dans le titre du topic, seraient synonymes ? Je m'inscris en faux, alors. En effet, se sont succédés, pour ce qui est de traiter de la chose publique des régimes politiques fort variés, que ce soit dans l'Antiquité ou dans la période contemporaine. La démocratie n'est qu'un système parmi d'autres (oligarchie, aristocratie, monarchie, technocratie, gérontocratie, ploutocratie, etc...) avec toutes les variantes possibles combiant divers éléments de ces doctrines qui n'existent pas et ne sont jamais appliquées à l'état pur. Que l'on songe particulièrement à tous les régimes "bâtards" qui ont existé au XIXème siècle, aussi bien en France (restauration, monarchie de juillet, second empire), l'Italie de Cavour, la monarchie anglaise pendant longtemps censitaire... Exemple : que dire du Reich bismarckien à cet égard ? Est-ce une démocratie ? plus ou moins que la IIIème République plus ou moins monarchienne des débuts ?

Et c'est là que de toute manière se pose une idée fondamentale pour répondre au sujet. QUI a accès à l'oeuvre de l'artiste ? Cet accès est il conditionné par la technique, les moyens de diffusion ? Ou par le régime politique dans lequel vit l'artiste et qui lui permet de s'exprimer plus ou moins, et avec quelle marge de manoeuvre ? Car l'artiste ne peut réaliser une oeuvre "pamphlétaire" que dans la mesure où on le laisse s'exprimer et aussi faire découvrir à d'autres son oeuvre. Ce qui implique qu'il vive dans un régime qui n'est pas tant à dénoncer que cela, puisqu'il accepte sa propre remise en cause. Là où il y aurait une oeuvre pamphlétaire à faire, il serait du coup impossible de la faire.
Donc d'un point de vue théorique, se poser cette question implique de ne pas y trouver de réponse. Après, la théorie, c'est bien joli, mais la réalité est toujours beaucoup plus complexe que n'importe quelle formulation ou savante construction qui se croit capable, par un simple (ou complexe Very Happy ) raisonnement, de l'expliquer. On ne peut donc pas la réduire à quelque formule ou construction reproductible et vouloir en proposer une approche globale est bien illusoire. On peut étudier tel ou tel événement ou situation mais en tirer des lois ensuite généralisables se révèle vain dans la mesure ou l'on oublie toujours des paramètres. Les exemples ne manquent pas ! (Quelle belle mise en abîme ! Very Happy Very Happy Very Happy Wink )

Ensuite, si l'artiste cherche à manipuler la "chose publique", c'est qu'il aurait bien un but ? Lequel ? Faire passer ses idées ? Oui... mais en quoi une oeuvre d'art peut-elle être le moyen de faire passer ses idées ? Sur le plan théorique, c'est absurde, sur le plan pratique, tout le monde le fait, puisque même ne vouloir rien faire ou voir de politique dans son oeuvre d'art est déjà politique, dans la mesure où si l'artiste ne rejette pas la société dans laquelle il vit, c'est qu'il l'accepte. Donc il fait bien un acte politique, qu'il le veuille ou non.
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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Fri 27 Jan - 12:48

cheers merci infiniment Loulou, voilà exactement le genre de participation que l'on espérait de toi! jap
Voilà que je me retrouve à mon tour dans la position de ne pas tout comprendre scratch, d'être obligée de réfléchir et de me poser des questions dont je n'avais pas idée avant.... Shocked J'aime!!! Very Happy

Alors je vais cogiter un peu à tout ça avant de répondre hein green grin

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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Sun 29 Jan - 18:51

Merci Louis de bien avoir voulu démarrer ce topic.

Quelques éclaircissements me semblent devoir être apportés !

Il n’est pas ici question d’aborder les relations complexes entre Art et Politique d’un point de vue strictement constitutionnaliste .
Certes, il existe de nombreuses formations politiques tant dictatoriales que parlementaires auxquelles appartiennent les régimes dits démocratiques.
Mais il n’est pas question ici de se lancer dans des débats de pure définition politique. J’entends ici démocratie, dans son acception grecque littérale, de « Res Publica », chose du peuple.
Je souhaite donc mettre l’accent sur l’utilisation et non la manipulation, de cette chose du peuple, par l’Artiste.

Alors comment dérouler notre réflexion ?


I – L’artiste initateur

A – Où ? L’artiste et son environnement politique.

C’est la thématique de l’artiste-citoyen, décidant de mettre sa création artistique au service d’une ou plusieurs ruptures politiques.
Nous nous en tiendrons pour le moment, aux ruptures issues de régimes que je qualifierais de « souples », tels que les régimes dits démocratiques, où l’artiste bénéficie d’un droit à l’expression affirmé et garanti juridiquement.

Louis, une petite rétrospective de ces différentes compositions politiques serait la bienvenue !


B – Pourquoi ? L’artiste et ses préoccpations politiques.

Les ruptures politiques dont s’agit sont motivées par des interrogations, des opinions et des désaccords divers.
Il serait intéressant, au travers de quelques exemples choisis, de mettre au jour celles-ci afin de mieux comprendre les motivations de ces artistes-citoyens (attention tous les artistes sont citoyens mais je traite ici de créateurs qui ont à cœur de mêler chose politique et Art !)

On peut alors s’interroger sur la nécessité de lier ces deux domaines.

Quote :
Faire passer ses idées ? Oui... mais en quoi une oeuvre d'art peut-elle être le moyen de faire passer ses idées ? Sur le plan théorique, c'est absurde, sur le plan pratique, tout le monde le fait, puisque même ne vouloir rien faire ou voir de politique dans son oeuvre d'art est déjà politique, dans la mesure où si l'artiste ne rejette pas la société dans laquelle il vit, c'est qu'il l'accepte.
A rediscuter…


C- Comment ? L’artiste et les outils de la rupture.

1- Le droit d’expression

Grace à quels moyens s’établissent ces ruptures ? Quels sont les éléments matériels qui permettent l’émergence d’une rupture et font d’un acte artistique une rupture politique réussie?


2 – La censure

Négation même du droit d’expression cité plus haut. Peut-on initier une rupture alors que la publication, la représentation, la diffusion d’une œuvre de l’esprit est soumis à l'examen des autorités politiques que cette rupture tente de remettre en cause?

"La censure est mon ennemie littéraire, la censure est mon ennemie politique. La censure est de droit improbe, malhonnête et déloyale. J'accuse la censure."
HUGO, Correspondance, 1830, p. 465.

"La censure, quelle qu'elle soit, me paraît une monstruosité, une chose pire que l'homicide; l'attentat contre la pensée est un crime de lèse-âme."
FLAUBERT, Correspondance, 1852, p. 59."


D – Quoi ? L’artiste et le produit de sa rupture

Quote :
Car l'artiste ne peut réaliser une oeuvre "pamphlétaire" que dans la mesure où on le laisse s'exprimer et aussi faire découvrir à d'autres son oeuvre. Ce qui implique qu'il vive dans un régime qui n'est pas tant à dénoncer que cela, puisqu'il accepte sa propre remise en cause. Là où il y aurait une oeuvre pamphlétaire à faire, il serait du coup impossible de la faire.

Je considère qu’une œuvre marquant une rupture politique n’est pas ipso facto pamphlétaire et dénonciatrice. Il existe des ruptures dites "douces" par oppositions aux ruptures "violentes" auxquelles Louis semble faire allusion.

En exemple le texte « Impeach, Remove, Jail » de VM est à la fois douloureux et sans nuance. Il a pour but de violenter les consciences politiques, dénoncant un système contre lequel il appelle les lecteurs à s’insurger.

Dans cette catégorie nous aborderons donc les œuvres artistisques "insurrectionnelles" (violentes) aussi bien que les œuvres artistiques "anti –conformistes" (non violentes).

Alors nous serons en mesure de traiter des "réceptacles" de ces ruptures, ceux ayant accès à ces oeuvres.


II - Le spectateur récepteur

Partie à compléter donc...



Ce plan n’est qu’indicatif mais il peut nous permettre de ne pas nous perdre dans un sujet aussi vaste ! Toutes les modifications sont admises !

Merci Louis car ton post a mis en exergue un certain nombre de points et m’a permis de réorganiser mes idées !

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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Sun 29 Jan - 19:47

Quote :
Car l'artiste ne peut réaliser une oeuvre "pamphlétaire" que dans la mesure où on le laisse s'exprimer et aussi faire découvrir à d'autres son oeuvre.

Certains artistes contestataires ont su déjouer l’oppression politique dont ils étaient victimes pour sortir de la clandestinité dans laquelle on tentait de les maintenir et réussir à véhiculer leurs opinions.

Je considère que le caractère pamphlétaire d'une oeuvre n'est pas relatif c'est à dire qu'il ne dépend pas du contexte politico-social d'où celle-ci émerge, ni du nombre de lecteurs ou spectateurs qui vont être amenés à en prendre connaissance.

Une oeuvre porte en elle-même cette qualité et ceci en fonction de son contenu, du message qu'elle sous-tend.

Le contenu reste primordial, en ce qu'il sera contestataire et dénonciateur.

Reste alors la question de l'impact d'une oeuvre objectivement pamphlétaire? A t-elle ou non atteint l'objectif que son auteur lui avait assigné? Je rejoins alors Waé dans la seconde problématique qu'elle nous a exposé plus haut:

Quote :
échec ou réussite... du but fixé : l'association fonctionne-t-elle?

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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Sun 29 Jan - 20:35

Merci Daudie pour ces éclaircissements passionnants. jap il y a effectivement beaucoup à dire et à réfléchir.

Pourtant avant de tenter de répondre à ces questions, permets-moi de m'étonner que tu aies cité "Impeach, remove, jail" en exemple... confused
Pour moi ce texte est purement et simplement politique, et ni pour ses lecteurs, ni pour son auteur je pense, il n'avait la moindre vocation artistique. Question D'ailleurs on n'y décèle aucune licence poétique; certes il est bien écrit, mais sa forme n'est ni plus ni moins que celle d'une "harangue" éminemment politique.

Back to Babylon, par contre, me paraît être un exemple tout à fait opportun de ce que tu veux analyser, càd la part d'art vs la part de politique dans une oeuvre. L'illustration directe en est que ce poème est présent dans le dernier ouvrage de VM, tandis que le texte "Impeach, remove, jail" a été mis sur Perceval Press pour faire passer son message, et relayé par la vente de T-shirts exhibant son titre, alors que Vig n'a jamais publié un seul de ses poèmes sur Perceval (pas même Back to Babylon, justement).

Peut-être pourrait-on partir de ce poème remarquable pour lancer notre réflexion. Il est pour moi, et beaucoup en conviendront je pense (exprimez-vous là-dessus, hein!), l'exemple parfait d'une "association" réussie entre art et politique. Restera à savoir pourquoi...
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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Sun 29 Jan - 20:57

J'en poste ici à la fois sa traduction et le texte original, puisque Viggo lui-même l'avait mis en ligne sur le net.



BACK TO BABYLON


ACCEPT AND FORGET DIFFERENCE OR DESIRE THAT SEPARATES AND LEAVES US LONGING OR REPELLED. WHY BRIEFLY RETURN TO PLAY IN BROKEN PLACES, TO MOCK THE GROUND, TO COLLECT INFANT SHARDS, COINS, FOSSILS, OR THE FAMILIAR EMPTY CANISTERS AND CASINGS THAT GLINT FROM POISONED ROOTS IN THE BLACKENED DUST ? WE MAKE BAD GHOSTS, AND ARE LAST TO KNOW OR BELIEVE WE TOO WILL FADE, JUST AS OUR ACRID SMOKE AND THOSE STRANGE FLAKES OF SKIN AND STRANDS OF HAIR WILL, INTO LARGELY UNDOCUMENTED EXTINCTION. LIE DOWN, LIE DOWN ; SLEEP IS THE BEST THING FOR BEING AWAKE. DO AS WE'VE ALWAYS BEEN TOLD AND DONE, NO BACKWARD GLANCES OR SECOND THOUGHTS, LEAVING SAD MARKERS BURIED IN THE SAND. SLEEP NOW, DREAM OF CHILDREN WITH THEIR HEADS STILL ON, OF GRANDMOTHERS UNBURDENING CLOTHESLINES AT TWILIGHT, OF FULL KETTLES SLOW-TICKING OVER TWIG EMBERS. IGNORE BONELESS, NAMELESS VICTIMS THAT VENTURE OUT ON BITTER GRAVEL TO CLAIM REMAINS WHILE WE REST.


PAY AT THE WINDOW FOR RE-HEATED, PREJUDICED INCANTATIONS. TAKE THEM HOME AND ENJOY WITH WIDE-SCREEN, HALF-DIGESTED, REPLAYED PREVIEWS OF SOLEMN NATIONAL CELEBRATION. THEN SLEEP, BY ALL MEANS; WE'LL NEED ALL THE ENERGY WE CAN MUSTER FOR COMPILING THIS GENERATION'S ABRIDGED ANTHOLOGY OF OFFICIAL WAR STORIES, HIGHLIGHTS OF HEEDLESS SLAUGHTER, TO BURNISH OUR LONG AND PROUD IMPERIAL TRADITION. AT SOME POINT, BY VIRTUE OF ACCIDENTALLY SEEING AND LISTENING, WE MAY FIND OURSELVES PARTICIPATING IN OUR OWN RENDERING. FEW OF OUR PREY WILL BE LEFT ALIVE ENOUGH TO WATER THE SUN WITH THEIR MODEST, TIME-RUBBED REPETITIONS, TO REPHRASE THEIR PARTICULAR, UNIFYING LAWS. OUR VERSION OF EVENTS HAS ALREADY MADE ITS MONEY BACK IN FOREIGN DISTRIBUTION AND PRE-SALES ; ALL VICTORY DEADLINES MUST BE MET.


IT CAN GET SO QUIET, WITH OR WITHOUT THE DEAD WATCHING OUR CONSTANT DEPLOYMENTS. FROM OUR TILTED PROMONTORY WE MAY SEE ONE LAST WOMAN SCUFFLE AWAY ACROSS CRACKED PARCHMENT OF DRY WASH BENEATH US, MUTTERING TO HERSELF — OR IS SHE SINGING AT US ? — AS SHE ROUNDS THE SHEARED GRANITE FACE AND DISAPPEARS INTO A GROVE OF SPINDLY, TREMBLING TAMARISK SHADOWS LINING THE MAIN ROAD. WE'LL SOON HEAR LITTLE OTHER THAN OUR BREATHING, AS SHALE COOLS AND BATS RISE TO FEED, TAKING OVER FROM SATED SWALLOWS. NIGHT ANYWHERE IS HOME, DARKNESS A CUE FOR TURNING INWARD, QUIET AN INVITATION TO REVIEW OUR EXPENSIVE SUCCESSES BEFORE MORNING EXTRACTION FROM THE TWIN RIVERS OF OUR COMMON CRADLE.

© Viggo Mortensen 2003
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Retour à Babylone


Acceptez, oubliez les différences ou les désirs qui nous séparent et nous laissent pleins d'envie ou de dégoût ! Pourquoi retourner furtivement jouer dans les lieux dévastés ? Pour ironiser sur le sol en ruine, pour ramasser des débris de bébés, des pièces de monnaie, des fossiles, ou bien les cartouches familières et les douilles vides luisant sous les racines empoisonnées dans la poussière noircie ? Nous faisons de bien piètres fantômes, et sommes les derniers à comprendre ou à croire que nous aussi nous nous volatiliserons, exactement comme notre fumée âcre et comme ces étranges flocons de peau et filaments de cheveux, dans une anonyme et insignifiante extinction. Couchez-vous, couchez-vous; dormir est la meilleure façon de remédier à l'éveil. Faites comme on nous a toujours dit de faire, ne regardez pas en arrière, n'y repensez pas, laissez les vestiges moroses enterrés dans le sable ! Dormez maintenant, rêvez d'enfants qui ont toujours leur tête, de grand-mères rentrant le linge au crépuscule, de bouilloires pleines frémissant doucement au-dessus de braises légères. Ignorez les victimes sans nom, sans os, qui s'aventurent hors des graviers amers pour réclamer leur dépouille pendant que nous dormons en paix.


Payez pour entendre des incantations réchauffées et pleines de préjugés. Ramenez-les chez vous, repassez-vous sur grand écran les solennelles cérémonies nationales battues et rebattues, presque digérées déjà... Puis dormez, par tous les moyens ; nous aurons besoin de toute l'énergie possible pour composer l'anthologie expurgée de l'histoire officielle de la guerre pour la nouvelle génération, pour glorifier les boucheries insouciantes et polir notre longue et fière tradition impériale. À un moment peut-être, retrouvant fortuitement nos yeux et nos oreilles, nous nous surprendrons à verser dans une interprétation personnelle. Peu de nos prises resteront assez vaillantes pour abreuver le soleil de leurs redites modestes, émoussées par le temps, pour formuler à nouveau leurs lois spécifiques et unificatrices. La distribution à l'étranger et les ventes anticipées ont déjà rentabilisé notre version des événements ; toutes les étapes de la victoire doivent être atteintes dans les délais.


Cela peut devenir si calme, avec ou sans le regard des morts sur nos incessantes occupations. De notre promontoire incliné, nous verrons peut-être en contrebas une dernière femme qui se fraie un passage à travers les craquelures d'un oued parcheminé, marmonnant pour elle-même – ou bien chante-t-elle à notre intention ? – en contournant la façade de granit pelée pour disparaître dans un bosquet de tamaris aux ombres grêles et vacillantes, le long de la route principale. Bientôt nous n'entendrons plus que notre respiration ; le schiste refroidira et les chauve-souris partiront en chasse, prenant la relève des hirondelles repues. Où que l'on soit la nuit est un foyer, l'obscurité une voix qui nous souffle de rentrer en nous-mêmes, et le calme une invitation à passer en revue nos coûteux succès avant que le matin n'apparaisse entre les fleuves jumeaux de notre berceau commun.

© Séverine Folliard / Waënelin 2005

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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Mon 30 Jan - 3:15

daudie wrote:

EDIT de Waé
Question échec ou réussite... du but fixé : l'association fonctionne-t-elle ? Le Guernica de Picasso a-t-il gagné qui que ce soit à la cause espagnole ? Peut-on concevoir que l'art, puisque justement il s'adresse directement à notre sensibilité et peut-être à notre inconscient, puisse transmettre des idées mieux qu'un discours ?

La première question me paraît quelque peu insoluble :

Le but de Picasso a-t-il été explicitement formulé ? S'agit-il de gagner quelqu'un à la cause Républicaine ? Si oui, qu'est ce que quelqu'un de gagné à la cause Républicaine ? Quelqu'un qui s'engage dans les Brigades Internationales (quand bien même on le fait, serait-ce pour cette raison uniquement, ou fait elle partie d'un faisceau ( Very Happy Very Happy ) de raisons) ? Quelqu'un qui vote pour un parti politique favorable à l'intervention massive aux côtés des Républicains ? A un soutien discret ? Quelqu'un qui va prendre conscience de ce qui se passe, qui ne va rien changer à son comportement pour l'instant mais qui agira différemment face à une menace fasciste ou réactionnaire du même ordre ? Si quelqu'un peut répondre à cette question, ça fera bien avancer le schmilblick...
Pour y répondre à coup sûr, il faudrait interroger tous ceux qui ont vu le tableau ! albino
Il semblerait donc qu'une oeuvre d'art qui a une portée politique a souvent une portée politique différente de celle que lui espérait initialement son auteur, ceci bien sûr dans le cas où il voulait consciemment lui en donner une.

Voyons la suite...
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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Mon 30 Jan - 5:41

daudie wrote:
Il n’est pas ici question d’aborder les relations complexes entre Art et Politique d’un point de vue strictement constitutionnaliste .
Certes, il existe de nombreuses formations politiques tant dictatoriales que parlementaires auxquelles appartiennent les régimes dits démocratiques.
Mais il n’est pas question ici de se lancer dans des débats de pure définition politique. J’entends ici démocratie, dans son acception grecque littérale, de « Res Publica », chose du peuple.
Je souhaite donc mettre l’accent sur l’utilisation et non la manipulation, de cette chose du peuple, par l’Artiste.

Là-dessus, je m'inscrit toujours autant en faux, la "Res Publica", la chose du peuple, chez les Romains n'est aucunement à mettre comme équivalente à l'acception grecque littérale de démocratie, pouvoir du peuple. Mais je ne crois pas que ce soit le lieu de parler du sens de la "Res Publica" chez les Romains.

Alors sinon,

pour le I - A : le

Cette typologie des régimes politiques plus ou moins souples engendre beaucoup de types de classifications différentes sur lesquelles les historiens sont assez peu d'accord. Le césaro-papisme, dans quelle mesure est-ce un système de gouvernement démocratique ? Et ce n'est pas plus une question de structure que de personne, puisque le second Empire, avec le même empereur à sa tête, a pu sembler tour à tour autoritaire puis libéral.

pour le I - B : le pourquoi

Il y a le problème de l'idée d'artiste-citoyen : exclut-on de la réflexion tout régime dont la notion de citoyen est totalement absente ? Par exemple, les artistes s'exprimant tout en n'étant que sujets et donc sans droits garantis très explicitement sous une monarchie absolue de droit divin sont-ils moins libres de s'exprimer et de vouloir faire passer leurs idées que ceux qui pourraient s'exprimer dans le cadre d'un régime autoritaire "déguisé" ? Pas sûr... à voir...

pour le I - C : le comment

Pas sûr que l'idée de lier la censure avec celle de l'engagement politique soit très pertinente ; l'acceptation de la censure dépend avant tout de sa perception subjective par l'artiste et surtout par la société dans laquelle il vit : Hugo n'aurait sans doute pas, en pratique, encourru grand chose s'il était rentré en France à la fin du règne de Napoléon III.

pour le I - D : le quoi

Là, il me semble que l'artiste n'a aucun rôle particulier. Il participe du mouvement des idées, de l'évolution des courants de pensée : comme n'importe quel quidam, il agit tout autant qu'il subit.
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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Mon 30 Jan - 5:48

daudie wrote:
Je considère que le caractère pamphlétaire d'une oeuvre n'est pas relatif c'est à dire qu'il ne dépend pas du contexte politico-social d'où celle-ci émerge, ni du nombre de lecteurs ou spectateurs qui vont être amenés à en prendre connaissance.

Mais sa portée politique (ce qui est quand même le sujet du topic) en dépend quand même un peu.

Et pour l'histoire du but fixé, j'en reviens toujours à la même idée : s'il n'est pas explicité, il y a de quoi gloser de manière assez vaine là-dessus pendant longtemps.
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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Thu 2 Feb - 0:46

Quote :
la "Res Publica", la chose du peuple, chez les Romains n'est aucunement à mettre comme équivalente à l'acception grecque littérale de démocratie

Effectivement, Louis tu as raison! L'expression "res publica" n'est pas vraiment adaptée au contexte dans lequel je souhaite insérer ce topic! Merci pour la précision...

Je trouve cependant dommage que nous n'établissions pas une synthèse, même succincte et dénuée de toute considération trop juridique, des différents régimes politiques dans lesquels un créateur peut évoluer, et en quoi cela peut influer peu ou prou sur son activité artistique!

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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Thu 2 Feb - 1:29

daudie wrote:
Je trouve cependant dommage que nous n'établissions pas une synthèse, même succincte et dénuée de toute considération trop juridique, des différents régimes politiques dans lesquels un créateur peut évoluer, et en quoi cela peut influer peu ou prou sur son activité artistique!

On peut essayer, mais c'est très difficile, pour deux raisons, qui se rejoignent, d'ailleurs:
- Il n'existe pas de régime politique "pur", tout système politique a ses propres particularités et essayer de les regrouper en grands types est rarement satisfaisant.
- Ensuite, un même régime politique, avec les mêmes institutions peut varier énormément selon les époques et les sociétés avec lesquels il est en contact et selon les hommes qui le font vivre. Même sans prendre le cas particulier de la monarchie absolue, ou la personne royale a par définition un rôle central (quoi de commun entre les caractères d'un Charles IX, d'un Louis XIV et d'un Louis XVI ?) un régime comme la IIIème République fonctionne complètement différemment, en gardant cependant les mêmes institutions, avec MacMahon, avec les majorités consensuellement Républicaines des années 1880, sous la quasi-dictature d'un Clemenceau ou lorsqu'une grande partie du personnel politique perçoit (à tort ou à raison) son fonctionnement comme sclérosé dans les années 30. Et donc, même si le régime politique reste le même, sa perception subjective par le créateur mais aussi son fonctionnement objectif varient beaucoup.
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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Wed 8 Feb - 1:09

Après quelques posts d'introduction rentrons donc dans le vif du sujet.
Je pense reprendre la structure de plan que j'ai préalablement proposé.
Faiîtes moi savoir si celle ci ne cous convenait pas!


Attardons nous pour quelques moments sur l'artiste initiateur

Quote :
C’est la thématique de l’artiste-citoyen, décidant de mettre sa création artistique au service d’une ou plusieurs ruptures politiques.

I - L'artiste et son environnement politique

Tout artiste évolue dans une sphère sociale et politique qui va, de manière plus ou moins prononcée, modeler le fruit de son travail.
L'artiste est donc un élément de cette composante sociale- que je ne traiterai pas ici- et politique.
Quelle est-elle?
L'artiste peut évoluer dans un cadre souple, dans lequel il voit garantis un certain nombre de droits "fondamentaux".
En France, dans lequel est instauré un régime dit "parlementaire", quoique celui-ci se voit remis en cause, l'artiste est un homme ou une femme heureux!! En effet peu de barrières se dressent contre le "libre penser".
J'en veux pour preuve, toute une série de textes garantissant pêle-mêle..Suite au prochain numéro vu l'heure tardive...Dsl...

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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Fri 10 Feb - 0:47

En poursuivant cette réflexion je me suis aperçue qu'il serait plus opportun de mêler le " comment" et le "où" car il semble bien que les "outils de la rupture" en cause, le droit d'expression notamment, sont intrinsèquement liés au mileiu politique dans lequel évolue un artiste.

Cette parenthèse refermée, j'en entrouvre une autre ! En effet Wae m'a très judicieusement fait remarquer que " Impeach, Remove, Jail" texte de VM posté sur Perceval Press il y a quelques mois déjà, ne répondait en fait pas à une démarche artistique, bien que les mots de ce texte soient fort et "frappent juste".

Il sera donc plus intéressant comme elle le propose de partir sur une étude de " Back to Babylon".

Transition remarquée... Si VM a pu, de la manière la plus libre, faire découvrir ce texte à ses divers lecteurs, c'est parce qu'il est doté, en sa qualité de citoyen, d'un droit à la liberté d'expression et d'opinion.

Art 19 de la déclaration universelle des droits de l'homme - 1948 -

"Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit."

Article 11 de la déclaration des droits de l'homme - 1789 --

"La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi."

Demeure une notion de proportionnalité : l'artiste-citoyen est libre dans l'exercice de son droit d'expression sous réserve de [...] Viennent alors s'imbriquer plusieurs atténuations à ce principe, atténuations que nous pourrons envisager plus avant dans notre réflexion.



P.S : Ne SURTOUT PAS raccrocher cette réflexion à l'actualité du moment... Il s'agit d'un propos général, à vocation introductive UNIQUEMENT!!

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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Thu 16 Feb - 0:53

Je me permets de m'immiscer dans le débat car il me semble qu'un léger dialogue de sourds s'y est instauré.


Daudie wrote:
Habileté de l’artiste à manipuler la « demos-kratein » la chose publique c’est à dire la démocratie ?
Loulou wrote:
la chose publique et la démocratie seraient synonymes ? Je m'inscris en faux, alors.
Daudie wrote:
il n’est pas question ici de se lancer dans des débats de pure définition politique. J’entends ici démocratie, dans son acception grecque littérale, de « Res Publica », chose du peuple.
Louis wrote:
Là-dessus, je m'inscrit toujours autant en faux, la "Res Publica", la chose du peuple, chez les Romains n'est aucunement à mettre comme équivalente à l'acception grecque littérale de démocratie, pouvoir du peuple.

Il me semble que depuis le début, et malgré la formulation peut-être un peu maladroite employée dans l'introduction du topic, Daudie a en vue la chose publique càd le fait politique lui même, indépendamment de ses différentes illustrations historiques.

Certes il faudra en parler et on ne pourra éviter de replacer chaque artiste dans son contexte puisque ce topic a justement vocation à ancrer la réflexion dans la réalité.
Mais garder à l'esprit le contexte géographico-historique (social, politique etc) ne signifie pas s'engluer dans des considérations purement historiennes, quand le vrai débat est ailleurs.

En l'occurence, étymologiquement la res publica désigne littéralement la chose publique, c'est à dire l'Etat: une république peut donc être monarchique. Ce n'est qu'ensuite que la république, au sens moderne, en est venue à désigner un régime politique de type représentatif, où les représentants sont élus au suffrage universel.
J'avais pour ma part bien compris que Daudie avait en vue le sens le plus général, puisqu'elle a explicitement fait appel à l'étymologie. Voyons donc l'idée avant de pinailler sur les termes, l'esprit avant de pinailler sur la lettre...


Pour la même raison:

Loulou wrote:
Il y a le problème de l'idée d'artiste-citoyen : exclut-on de la réflexion tout régime dont la notion de citoyen est totalement absente ?
évidemment non... là encore, le terme d'artiste-citoyen n'était pas à prendre au pied de la lettre et désignait simplement l'artiste en tant qu'il est partie prenante d'un contexte politique, et s'y engage volontairement, comme le précisait Daudie:
Daudie wrote:
je traite ici de créateurs qui ont à cœur de mêler chose politique et Art.


Sur la question de la censure:

Louis wrote:
Pas sûr que l'idée de lier la censure avec celle de l'engagement politique soit très pertinente
Là j'avoue que je ne te suis pas du tout; si ça ce n'est pas "pertinent", alors qu'est-ce qui l'est ?? (entre parenthèses tu aurais pu formuler la chose différemment, parce que dit comme ça c'était pas super délicat...)

Alors certes:
Louis wrote:
l'acceptation de la censure dépend avant tout de sa perception subjective par l'artiste et surtout par la société dans laquelle il vit
...c'est une évidence, mais je ne vois pas en quoi cela rend le débat stérile... il s'agit précisément de replacer un geste artistique engagé dans son contexte, en fonction de la perception subjective qu'en a l'artiste lui même et de la perception objective que l'on peut en avoir, nous, après coup. On est bien au coeur du sujet, là, non? et au coeur du point de vue historien que tu affectionnes, en plus...!



Et une dernière précision, avant de te répondre sur les questions de fond, fort intéressantes, que tu soulèves:
Loulou wrote:
daudie wrote:
Je trouve cependant dommage que nous n'établissions pas une synthèse, même succincte et dénuée de toute considération trop juridique, des différents régimes politiques dans lesquels un créateur peut évoluer, et en quoi cela peut influer peu ou prou sur son activité artistique!

On peut essayer, mais c'est très difficile, pour deux raisons, qui se rejoignent, d'ailleurs:
- Il n'existe pas de régime politique "pur", tout système politique a ses propres particularités et essayer de les regrouper en grands types est rarement satisfaisant.
- Ensuite, un même régime politique, avec les mêmes institutions peut varier énormément selon les époques et les sociétés avec lesquels il est en contact et selon les hommes qui le font vivre.
Tes scrupules d'historien t'honorent, mais nous te demandons quand même de faire cet effort de "vulgarisation" - parfois pénible il est vrai - pour les non-historiens que nous sommes. De la même manière que je suis parfois obligée de simplifier une philosophie à outrance pour que tous ici la comprennent (quoiqu'il m'en coûte comme sentiment de "perte" et de "trahison" par rapport à la richesse d'une pensée), essaie s'il te plait de te mettre à notre niveau et de nous proposer une classification non pas simpliste mais simple... Ce genre de démarche est le propre de tout bon professeur Wink
Dans le pire des cas, je ferai un copier coller de ce que la Wiki ou tout autre encyclopédie propose à ce sujet, afin d'avancer dans ce topic l'esprit clair... Mais là où tu pourrais nous aider, c'est en précisant justement ce qui peut concerner l'artiste selon le contexte politique ds lequel il vit - entre autres par rapport à la question de la censure, mais il y a probablement d'autres choses auxquelles nous ne pensons pas.
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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Thu 16 Feb - 1:35

Waënelin wrote:
En l'occurence, étymologiquement la res publica désigne littéralement la chose publique, c'est à dire l'Etat: une république peut donc être monarchique. Ce n'est qu'ensuite que la république, au sens moderne, en est venue à désigner un régime politique de type représentatif, où les représentants sont élus au suffrage universel.

On est évidemment tous les trois d'accord là-dessus, c'est sur "démocratie", que je n'étais pas d'accord.

Waënelin wrote:
là encore, le terme d'artiste-citoyen n'était pas à prendre au pied de la lettre et désignait simplement l'artiste en tant qu'il est partie prenante d'un contexte politique, et s'y engage volontairement, comme le précisait Daudie:
Daudie wrote:
je traite ici de créateurs qui ont à cœur de mêler chose politique et Art.

Mais est-ce que le fait qu'il grandisse dans un contexte culturel où l'idée de devenir partie prenante d'un contexte politique n'est pas le fruit d'une décision, mais d'une naissance (en clair, une société d'ordres) doit être pris en considération ?

Waënelin wrote:
(entre parenthèses tu aurais pu formuler la chose différemment, parce que dit comme ça c'était pas super délicat...)

En effet, il faut que je prête plus attention à la forme. Dont acte !

Waënelin wrote:
et de la perception objective que l'on peut en avoir, nous, après coup. On est bien au coeur du sujet, là, non? et au coeur du point de vue historien que tu affectionnes, en plus...!

En effet ! Mon problème étant que l'historien se doit d'essayer d'être objectif, tout en étant pas dupe qu'il sera forcément subjectif, n'étant que le produit de la société dans laquelle il vit.


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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Thu 16 Feb - 1:52

Waënelin wrote:
Tes scrupules d'historien t'honorent, mais nous te demandons quand même de faire cet effort de "vulgarisation" - parfois pénible il est vrai - pour les non-historiens que nous sommes. De la même manière que je suis parfois obligée de simplifier une philosophie à outrance pour que tous ici la comprennent (quoiqu'il m'en coûte comme sentiment de "perte" et de "trahison" par rapport à la richesse d'une pensée), essaie s'il te plait de te mettre à notre niveau et de nous proposer une classification non pas simpliste mais simple... Ce genre de démarche est le propre de tout bon professeur Wink

Je me vois mal trancher sur des questions à propos desquelles d'éminents spécialistes ne sont pas d'accord entre eux. Mais bon, puisque ça semble important de laisser de côté une certaine honnêteté intellectuelle, je passerai outre, ne vous inquiétez pas ! Smile
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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Thu 16 Feb - 2:08

Loulou wrote:

Waënelin wrote:
là encore, le terme d'artiste-citoyen n'était pas à prendre au pied de la lettre et désignait simplement l'artiste en tant qu'il est partie prenante d'un contexte politique, et s'y engage volontairement, comme le précisait Daudie:
Daudie wrote:
je traite ici de créateurs qui ont à cœur de mêler chose politique et Art.

Mais est-ce que le fait qu'il grandisse dans un contexte culturel où l'idée de devenir partie prenante d'un contexte politique n'est pas le fruit d'une décision, mais d'une naissance (en clair, une société d'ordres) doit être pris en considération ?

Je pense, oui; cela fait partie des choses à préciser à propos de tel ou tel oeuvre ou artiste dont on parlera. Cela me paraît déterminant, puisque dans ce cas le degré "d'engagement" n'est pas le même... mais il faudra voir au cas par cas, ce n'est pas tellement le genre de chose dont on peut discuter in abstracto.



Pour le reste, super, on se comprend Smile

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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Thu 16 Feb - 2:17

Alors, puisqu'il faut opérer une distinction, si on découpe ça en monarchie absolu de droit divin, " despotisme éclairé" cyclops , démocratie parlementaire (version suffrage universel plus ou moins direct, ou suffrage censitaire) régimes autoritaires, régimes totalitaires... ça va ? Ou faut-il des tranches plus fines, aux doux noms si peu ambigus de "régimes semi-autoritaires", "démocratie autoritaire", "régime plébiscitaire" ?

Quoiqu'il en soit, ne nous faisons pas d'illusions, il y aura partout des angles morts. Rolling Eyes
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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Fri 17 Feb - 1:44

Maintenant que nos principales divergences d'ordre étymologique sont réglées Wink plongeons de nouveau dans notre topic.
Je nous ai quittés, il ya un moment déjà, en mettant l'accent sur l'importance pour un artiste qui se veut libre en pensées comme en actes, de bénéficier c'est à dire de se voir reconnaître et garantir un certain nombre de droits fondamentaux, l'un des plus essentiels étant à mon sens, le droit à une libre expression.

VM comme d'autres a su user de cette liberté avec talent. Revenons un instant sur le poème " Back to babylon" : un texte fort, virulent, dérangeant par la cruauté des images qu’il envoie au lecteur.

"Pour ironiser sur le sol en ruine, pour ramasser des débris de bébés, des pièces de monnaie, des fossiles, ou bien les cartouches familières et les douilles vides luisant sous les racines empoisonnées dans la poussière noircie"

Un élan artistique qui se veut ancré dans un contexte politique auquel il n’est pas explicitement fait référence. C’est pour moi une des forces de ces lignes qui peuvent être abordées sous plusieurs angles de lecture.

Il n’échappe à personne que Back to Babylon constitue une critique très acerbe de la politique internationale mise en œuvre par les gouvernants américains. VM se réfère en premier lieu au conflit ayant pris place au Moyen-Orient - ayant depuis largement dépassé les frontières de cette zone géographique et pouvant ainsi être sans souci qualifié de pandémie guerrière ! –

"Payez pour entendre des incantations réchauffées et pleines de préjugés. Ramenez-les chez vous, repassez-vous sur grand écran les solennelles cérémonies nationales battues et rebattues, presque digérées déjà" (...)
"Toutes les étapes de la victoire doivent être atteintes dans les délais"


Il fustige "la feuille de route" fixée par les USA dès 2003, celle-ci même qui montre un désintérêt que certains dont VM qualifieront d’indécent, à l’égard des populations victimes d’une guerre qui les dépouille sans rien leur garantir si ce n’est d’être les premiers acteurs de ces "boucheries insouciantes". Un acte volontaire dont les effrayantes et irréversibles conséquences n'auraient pas été mesurées!

Le texte s’illustre ainsi lorsqu’on le replace dans l’actualité géopolitique américaine du moment.



Pourtant il demeure intemporel... Dans 5, 10, 20 ans qu’il s’agisse de pétrole, d’eau ou d’air, l’homme n’aura de cesse de guerroyer pour s’assurer le contrôle de denrées rares ou de territoires à reconquérir.

Le poème possède donc un second niveau de lecture, plus général.

Il s’ancre dans une réalité universelle et s'adresse, non plus seulement aux USA mais à l’intégralité de la communauté mondiale à laquelle nous appartenons.

Back to Babylon, résurgence d’un idéal anti-guerrier.

Back to Babylon, comme un coup d’arrêt à l’inconscience citoyenne... Ce texte est une exhortation à réveiller les "indépendances d’esprit" auxquelles VM fait allusion avec ironie:

"Puis dormez, par tous les moyens ; nous aurons besoin de toute l'énergie possible pour composer l'anthologie expurgée de l'histoire officielle de la guerre pour la nouvelle génération, pour glorifier les boucheries insouciantes et polir notre longue et fière tradition impériale".

Partout, à toute heure, ce texte peut être entendu, discuté, apprécié ou critiqué car il en appelle, SURTOUT, à la nécessaire réflexion que doit inspirer tout acte politique relayé plus ou moins habilement et fidèlement par la presse, parfois si peu prompte à la critique.

Un citoyen ne l’est pleinement que s’il possède et USE de son droit d'opposition et de critique, oserais-je dire que VM irait lui-même jusqu’à entrevoir ici une devoir d'opposition et de critique... Bref il rappelle que nous sommes pleinement acteurs du contexte politique dans lesquels nous évoluons de sorte que nous ne pouvons nous écarter des responsabilités qui découlent inéluctablement de cette qualité de citoyen, en " Fai[sant ] comme on nous a toujours dit de faire, ne regardez pas en arrière, n'y repensez pas, laissez les vestiges moroses enterrés dans le sable"...

Un écrit qui trouvera toujours écho... C’est la force de cette rupture politique qu’introduit VM.

Un poème aux accents pamphlétaires, illustrant bien le chaos politique mondial…

Pour illustrer ce propos, voici un des poèmes de Walt Whitman; déjà posté sur le topic " Comme une chaleur ..." mais qui selon moi, illsutre bien le propos précédent :

THOUGHT

"Of obedience, faith, adhesiveness;
As I stand aloof and look, there is to me something profoundly affecting in large masses of men, following the lead of those who do not believe in men."


Excerpt from " Leaves of grass" 1900

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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Sat 18 Feb - 16:55

Merci pour ce post Daudie jap

Je voudrais en finir avec cette histoire de classification des régimes politiques.
Selon la Wiki:

"On désigne par régime politique d'un État la manière dont celui-ci est géré et gouverné. Le régime politique d'un État peut être par exemple autoritaire, démocratique, ou peut exprimer des tendances plus fines comme un régime politique socialiste, communiste, libéraliste, monarchique, etc.

Nombreux sont ceux qui catégorisent les gouvernements selon la question « qui gouverne ? »
...

suit une liste d'une trentaine de types de gouvernements, trop précise donc.


"D'autres se préoccupent de catégoriser les gouvernements selon la question « quelle est l'étendue du pouvoir du gouvernement ? »

* Marxisme
* Étatisme
* Libéralisme
* Minarchisme
* Socialisme
* Totalitarisme."


Je pense que nous pouvons partir de cette classification-ci.

Voici le lien de la Wiki:
http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9gime_politique


Louis, it's up to you...
Etant donné que chacun peut lire les articles de la Wiki sur les différents régimes listés ci dessus, ne fais rien de trop exhaustif STP... mais rappelle nous la définition de chaque en quelques lignes, puis ensuite si tu le peux, mets l'accent sur ce qui va concerner la "marge de manoeuvre" de l'artiste, ce que tu estimes être sa capacité ou volonté d'engagement ou de résistance à tel ou tel régime, etc.

Merci beaucoup d'avance jap

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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Tue 21 Feb - 17:50

Waënelin wrote:
"D'autres se préoccupent de catégoriser les gouvernements selon la question « quelle est l'étendue du pouvoir du gouvernement ? »

* Marxisme
* Étatisme
* Libéralisme
* Minarchisme
* Socialisme
* Totalitarisme."


Je pense que nous pouvons partir de cette classification-ci.

Très franchement, je ne vois pas comment. Ces 6 catégories se recoupent les unes les autres, car elles ne se situent pas sur le même plan. Un exemple : l'U.R.S.S des années 1930, c'est à la fois du marxisme, de l'étatisme, du socialisme et du totalitarisme !!!
L'étatisme une forme de gouvernement économique, le minarchisme en est une autre... ces formes évoquées ne sont en rien pertinentes pour définir quelle va être la marge de liberté de l'artiste ! Un exemple suffit : à l'intérieur d'une même catégorie, le minarchisme (qui n'est tout simplement qu'une sous-catégorie de cette catégorie fourre-tout qu'est le libéralisme Rolling Eyes Rolling Eyes Rolling Eyes ) à la même époque, les années 1980 : il n'y a rien de commun entre la possibilité pour l'artiste de s'exprimer dans le minarchisme des Etats-Unis (démocratie, Etat de droit) et celle qu'il a dans le minarchisme du Chili (dictature militaire) !! le minarchisme n'est qu'un système économique...

De même, le "libéralisme", on y met tout et n'importe quoi ! Sa définition peut tellement varier... pour un Américain, le "liberal", c'est celui qui a des idées très libérées dans le domaine des moeurs, bref, ce sera typiquement un "hippie"... pour un Français, ce sera celui qui est favorable à la liberté des entreprises et à la dérégulation économique et sociale... bref, un jeune cadre supérieur en costard-cravate. C'est un peu le grand écart, là. Rolling Eyes

On peut multiplier les exemples quant au côté inopérant de ces 6 catégories pour ce qui est de la marge de manoeuvre de l'artiste... dans la catégorie "socialisme", quoi de commun entre ce qu'il leur était possible de faire dans les démocraties populaires d'Europe de l'Est et dans les régimes sociaux-démocrates d'Europe de l'Ouest, se réclamant l'un comme l'autre du socialisme et en appliquant les principes ? Là encore, il s'agit d'un régime économique, et donc d'une catégorie inopérante pour juger de la marge de manoeuvre d'un artiste.

La seule parmi les 6 qui pertinente pour réfléchir à ce sujet est le totalitarisme.
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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Tue 21 Feb - 18:05

bon, ok, moi je faisais ça pour t'aider... alors prends la classification que tu veux, invente la tienne propre ou va la chercher sur la lune, mais FAIS NOUS QUELQUE CHOSE DE CONSTRUCTIF !!!

ou alors, dis nous carrément que ça te soûle et on se débrouillera sans! on n'en fera pas un drame. Désolée mais je suis énervée.

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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Tue 21 Feb - 18:54

Bon très bien, je vais vous construire quelque chose de complètement faux et artificiel, qui vous permettra de papoter à votre aise ! Ne vous inquiétez pas, ce sera fait.
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PostSubject: Re: Ruptures artistiques et Politique   Sat 25 Feb - 14:01

Dans le marxisme, l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes, et conduire à la dictature du prolétariat, qui serait la forme de socialisme telle que la définit Marx puis au communisme, tel que le définit Marx. La première forme a été, dans sa variante réinterprétée par Lénine celle qui a été plus ou moins mise en oeuvre par les régimes "soviétiques" et ceux qui s'en sont réclamés. La seconde forme n'a jamais été appliquées, sauf à certain moment de la révolution mexicaine et lors du mouvement des communes populaires en Chine. L'artiste n'a de nécessité à exister que s'il contribue à édifier cette nouvelle société. Mais en tout cas, il va devoir mettre dans sa poche son petit ego qui lui fait dire "regarder comme je suis quelqu'un de bien, je fais de belles oeuvres, regardez, regardez !".

Dans l'étatisme, l'Etat intervient dans l'économie, de façon plus ou moins forte et plus ou moins directe. En ce sens, le marxisme est bien évidemment une forme d'étatisme. L'artiste va soit être indépendant, ou dans les formes les plus poussées d'étatisme, être au service de l'Etat et supposé être une courroie de transmission des thèses officielles, pour lesquelles il va avoir une plus ou moins grandes marge de manoeuvre.

Dans le libéralisme, la liberté politique, la liberté d'expression et la liberté économique sont primordiales. L'artiste a a priori toute faculté de s'exprimer. Mais son art ayant de fortes chances de ne pas intéresser grand monde, surtout que cette grande liberté conduit à un individualisme si grand qu'il pousse à vouloir s'opposer et combattre ceux qui pourraient être proches et partager une passion commune, il y a de fortes chances que les nécessités économiques de survie de tous les jours réduisent ses possibilités de créations. A moins que les classes dominantes enrichies par le système économique libéral ne s'extasient devant les "superbes" créations du "Kréateur" et ne lui permette de mener la vie oisive dont il rêve plus ou moins consciemment, ce qu'il n'ose pas forcément s'avouer, tentant de se persuader que son ârt est quelque chose d'important.

Le minarchisme est une des composante du libéralisme, terme relativement flou qui peut envelopper bon nombre de réalités. La marge de manoeuvre de l'artiste est sensiblement la même que dans le libéralisme, la volonté de très faible intervention de l'Etat excluant de manière quasi certaine la possibilité que l'artiste puisse bénéficier d'une quelqconque forme de solidarité, mais aussi de pression, de la part de la société.

Les très nombreuses formes de socialisme vont avoir tendance, dans leur discours officiel, à mettre en avant le rôle de l'art et de l'artiste, en ce sens qu'il va être l'expression du bien-être apporté par la forme de solidarité mise en place entre les hommes par le régime, ou une manière d'exprimer la manière de parvenir à cet état. Mais cela va dépendre du cadre dans lequel ce socialisme s'exprime : dans une démocratie parlementaire, il n'y aura pas d'art officiel, alors que dans une démocratie populaire, il y en aura, comme ce fut le cas avec le "réalisme socialiste".

Dans le totalitarisme, l'art et l'artiste doivent exalter le fait que l'Etat et la société forment un tout indissociable. L'artiste ne peut s'exprimer que dans la mesure où sa pensée et les thèmes qu'il exprime sont en adéquation totale avec la doctrine officielle. Bien évidemment, il existe des exceptions, comme dans toutes les situations précédentes dépendant ici essentiellement de la proximité de l'artiste avec les cadres du régime. Cette importance accordée à l'art dans l'exaltation du régime va être encore plus grande si le dirigeant est lui-même un artiste, comme ce fut le cas pour Hitler et le régime nazi.

Voilà, j'espère avoir été ni trop ni trop peu exhaustif, et ne pas avoir débordé des cases.
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